dimanche 16 mars 2008
Un dimanche, un artiste
Chaïm Soutine
(1893/94 - 1943)

Soutine est certainement le peintre qui a porté l'expressionisme en France dans sa forme la plus vivace.
Je ne vais pas m'attarder sur l'artiste en évoquant son parcours depuis la Lituanie jusqu'à son arrivée en France, son étiquette d'"artiste juif" jusqu'à ses dernières années passées dans la crainte du régime de Vichy et des délations, ponctuée d'ulcères et de destructions de tableaux. Si cela peut apporter certains éléments sur l'artiste et les conditions dans lesquelles il a pu peindre, je pense que certains détails sont parfaitement inutiles à la compréhension, l'interprétation d'une peinture, car la vision est intime avant même d'être universelle.
Je tenais néanmoins à préciser un point : on peut lire à droite et à gauche que Soutine était atteint d'une "fièvre destructrice qui lui faisait déchirer ses tableaux". Tout serait si simple ainsi. Il est bien plus aisé de limiter un artiste à sa fonction destructrice, plutôt qu'essayer de comprendre ce qui peut pousser un artiste à brûler son oeuvre. Il y a certes une fonction destructrice, mais qui peut s'avérer particulièrement libératrice, voire salvatrice. Si l'art peut paraître particulièrement "bon" aux yeux des autres, il ne l'est pas forcément aux yeux de son auteur. Réaliser une oeuvre, y mettre ses émotions, une certaine souffrance (en partant du présupposé que la souffrance est également vie plutôt que mort), retranscrire en coups de pinceaux la violence du trait, de la couleur, son rapport intime au monde, peut parfois devenir vite insupportable à tolérer, ne serait-ce qu'à voir...

Paysage
Violence et démesure, la recherche furieuse et anxieuse de la paix, à se perdre dans ce tourbillon de coups de pinceaux, brosses, la subtilité dans l'épaisseur, la superposition de couches, l'alliance des couleurs sans craindre la fausse note.
De l'incompréhension naît la vision.

La polonaise
S'éloigner, fermer les yeux, se rapprocher, saisir chaque ligne, chaque forme, chaque trait dans sa passion la plus virulente, dans son exposition la plus complexe. Une réalité aperçue à travers un miroir déformant ? Pourquoi serait-ce déformé ? Chaque expression est restituée dans sa forme la plus construite, l'humain...
Soutine s'applique à retranscrire l'expression du moindre éclair d'émotion, à travers le visage ou les mains de ses modèles. Les mains, souvent plus grandes que le visage, deviennent le théâtre où se voient jouer convulsion, obstination, ardeur, résignation, autant d'expressions éloquentes de la personne, à la manière d'un visage, reflet expressif de la moindre angoisse, la moindre émotion...

Glaïeuls
L'atmosphère rougeoyante des tableaux de Soutine, parfois jusqu'à en éprouver une sensation d'étouffement entre accords titianesques et la violence pouvant atteindre jusqu'au violacé lui-même...
- Une des oeuvres parmi les plus connues de Soutine (évoqué dans le film Mona Lisa Smile) et sujette à nombreuses interprétations :

Boeuf écorché, huile sur toile, 1925 (inspirera Francis Bacon, voir sa toile "Figure with Meat")
Et pour terminer, un portrait de Chaïm Soutine, réalisé en 1916 par son ami Modigliani :

Soutine, par Modigliani (1916)
Je vous laisse avec ce montage vidéo basé sur une courte partie du texte d' Elie Faure, extrait d' Ombres Solides (1929), sur Chaïm Soutine, ce "peintre de l'esprit" :









La bulle glamour