vendredi 9 mai 2008
1967 : Belle de jour par Luis Buñuel, Yves-Saint-Laurent aux costumes
Il y a bien longtemps que cette rubrique n'avait été alimentée.
Si vous vous souvenez bien (et pour les nouveaux venus) j'avais arrêté l'Histoire de la Mode et des costumes au Cinéma dans les années 60 à peu près. Après avoir abordé Pierrot le fou, de Godard ; La guerre est finie, d'Alain Resnais ; Un homme et une femme, de Claude Lelouch ; ou encore fait un petit bond dans le temps avec Bonnie and Clyde, le film qui avait marqué la génération 68 et qui du coup avait influencé toute une mode. Il était plus que temps de consacrer tout un article à Belle de jour, le film de Buñuel sur lequel j'aurais aimé rédigé une critique purement littéraire/cinématographique, mais pour lequel j'ai choisi de m'attarder sur les tenues, tout du moins aujourd'hui...
Quelques clichés en compagnie de Luis Buñuel, el maestro :



Belle de jour, c'est évidemment Luis Buñuel à la réalisation de son plus grand succès d'un point de vue populaire, mais c'est aussi un tournant dans la carrière de Catherine Deneuve à l'allure terriblement hitchcockienne et une grande amitié qui se tisse entre la muse et Yves Saint-Laurent aux costumes...

Yves Saint-Laurent en compagnie de Catherine Deneuve et ci-dessous croquis et préparation des costumes de Belle de Jour :

Belle de jour, en images :

La fameuse veste rouge boutonnée dessinée par Yves Saint-Laurent...

Et sa version bleu marine, de profil (détail des boutons de manchette et épaulettes)...


Chignon haut et sophistiqué, tenue des plus austères rehaussée d'un col blanc sur fond noir...

LE chapeau ou plutôt la toque, tellement symbolique, évocateur de deux temps bien définis, deux Séverine : celle qui la porte et celle qui l'enlève...


Il n'y a pas de tiraillement entre l'épouse modèle, "pure" et privée de toute sexualité en termes de plaisir, et celle qui est animée de fantasmes, celle qui se rend dans cette maison close.
Il n'y a pas de passage de la pruderie à la prostitution, tout comme il n'y a pas ce tiraillement entre les deux, ce qui ne fait que renforcer toute la subtilité et la complexité que Buñuel réalise magistralement...

Séverine (le personnage interprété par la belle Catherine Deneuve) est l'une et l'autre. Elle est tout ce qui fait l'humain, cette continuelle profondeur et complexité de l'être, elle est l'un et l'autre, elle est ces deux antagonismes à la fois...

Jean Collet utilisera un oxymore des plus éloquents à propos de cela :
"Elle est cette coupable pureté"
Séquence "blanc immaculé en trois plans :



Lingerie sublime (de qui ?)
***

J'aime beaucoup le plan sur ces souliers, particulièrement bien lustrés, abandonnés de façon tellement disciplinée.
Les accessoires généralement parlant jouent chacun à leur tour un rôle particulièrement important dans Belle de jour.

La canne est également l'un de ces accessoires-"clés"...
Buñuel aime imposer le détail des accessoires, de façon à ce que chacun des personnages se concentre sur le caractère insignifiant du quotidien, du moindre geste et c'est peut-être là que réside son génie, entre autres détails qui pourraient paraître des plus insignifiants...

Yves Saint-Laurent aux costumes a réalisé ce que très peu de costumiers, stylistes, créateurs pourraient rêver en termes cinématographiques. Il ne s'agit pas du costume en lui-même, certains costumiers ont pu démontrer leurs véritables prouesses à travers des films d'époque, mais l'époque s'y prêtait, l'ornement exige l'illumination, les éblouissements à grand renfort de matières nobles et éclatantes.
Ici, il s'agit d'une méticuleuse mise en lumière du costume le plus simple, du travail du moindre détail à partir d'une matière pour ainsi dire dénudée, c'est d'ailleurs étonnant qu'il n'ait pas travaillé sur un autre film de Buñuel : Le charme discret de la bourgeoisie, c'est exactement ça.
Belle de jour est esquissée toute en pudeur, parfois jusqu'à l'extrême, ce qui a pour effet de faire oublier un certain malaise au spectateur, sans jamais l'effacer totalement.
Je me suis légèrement écarté des costumes, je vous laisse avec la bande-annonce du film :
Pour en revenir au sujet, un film comme Belle de jour vous inspire en termes de style, de mode, ou plutôt est-ce que Catherine Deneuve habillée par Yves Saint-Laurent évoque en vous certaines aspirations stylistiques ?
Commentaires
N'ayant pas vu le film, je ne peux pas tellement juger des costumes et de leur 'pertinence' par rapport à l'intrigue... Après, d'un point de vue extérieur, à part la fameuse veste rouge et celle noire qu'on aperçoit rapidement dans la bande-annonce, je ne suis pas spécialement 'fan' :)
Il faudrait aussi que je lise le roman... J'avoue éprouver un rejet depuis un examen en prépa. Je devais faire un commentaire composé sur le passage où Séverine sert le thé, est maladroite, etc. J'ai fini avec un 5/20 pour contre-sens, a priori j'avais vu de l'ironie là où il n'y en avait pas ! :)
Bon courage pour le week end, bisous.
Belle de jour et Catherine Deneuve, parfaite!
Merci pour ce bel article très pertinent et l'analyse qui s'en dégage en filigrane...
Bisous
> A Flo,
Belle de jour, c'est surtout "le charme discret de la bourgeoisie", tout jusque dans le moindre détail ;)
Beaucoup préfèrent la subtilité sensible de Buñuel au livre et pour tout dire, ce n'est pas vraiment le type de littérature que j'affectionne, il me manque l'exaltation d'un style, certains détails que je ne retrouve pas, mais généralement j'ai tout de même un certain mal avec les romans contemporains, sauf exceptions "exceptionnelles" (rires)...
> Clotilde,
merci à toi de ta sensibilité, je n'ai pu m'empêcher de déborder un (tout petit) peu des costumes à l'analyse, mais tout en retenue :)
Bisous, merci beaucoup à vous!
J'ai adoré ce film..... et bravo pour ce long post plein de jolies photos.
Merci Cassandra, ravie de te revoir :)
Bisous
Les tenues sont souvent superbes, des photos que tu nous montres dans ton article aux extraits que j'ai pu voir, mais je n'ai jamais regardé le film, et ce, je l'avoue, pour une seule raison: je déteste Catherine Deneuve. Ce n'est pas tant cet aspect froid et hautement snob qui se dégage d'elle (puisque je suis la première à m'extasier sur Grace Kelly, muse intemporelle à la grâce infinie), que cette pesante impression de vide, lisse et sans âme. Elle a si souvent le regard terne, l'attitude trop sèvèrement réprimée, sans une once de naturel, qu'elle m'évoque immanquablement ces poupées aux yeux fixes et aux membres roides.
A Elea,
Mais Grace Kelly n'a rien de snob, voyons et a le sourire trop facile pour paraître aussi froide que Catherine Deneuve je crois ;)
Je vois ce que tu veux dire et certains des clichés choisis renforcent l'image que tu décris comme une de ces poupées "aux yeux fixes et membres roides".
C'est une beauté froide, je crois que ce qui accentue cela réside dans le contraste entre l'aspect glacé de ses cheveux et son regard particulièrement obscur...
Enfin, quoiqu'il en soit le film de Luis Buñuel mérite d'être vu, chaque acteur est époustouflant dans sa prestation !
Je t'embrasse
Je n'ai pas vu Belle de jour mais ton poste me donne envie de le voir. Catherine Deneuve est troublante je trouve. J'aimerai tellement pouvoir porter certaine de ces pièces(rêve quand tu nous tiens !)... Quelle merveille! Je doute d'avoir la même allure, cette allure qui fait que je trouve Catherine Deneuve "troublante" mais j'aime tellement ce style.
Bises!
J'aimerais bien le voir ce film, Catherine Deneuve est magnifique!
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