mardi 25 novembre 2008
Darling
J'y songeais depuis quelques temps déjà, j'avais tenté quelques approches ici et là, désormais c'est officiel, je déclare ouverte une nouvelle rubrique : La Tribune des femmes.
Pour l'inaugurer, je laisse la parole à Floriane :
Aujourd’hui mardi 25 novembre, c’est la journée internationale de prévention et de sensibilisation contre la violence faite aux Femmes – journée organisée notamment par Amnesty International.
C’est dans le cadre de cette journée qu’hier soir le cinéma indépendant de ma ville a diffusé le film Darling, projection suivie d’un débat entre le public et des représentantes d’Amnesty International et d’associations de Femmes.
Darling est un film réalisé par Christine Carrière, avec Marina Foïs et Guillaume Canet, sorti fin 2007 – assez anonymement d’ailleurs. Il est l’adaptation du livre Darling de Jean Teulé, basé sur l’histoire vraie d’une jeune femme accablée par toutes les horreurs possibles.
http://www.wideo.fr/video/iLyROoaft1_z.html
Darling, son vrai nom c’est Catherine. Elle est fille de paysans dans la campagne normande, elle habite au bord d’une nationale et éprouve une vraie fascination pour les camions et leurs chauffeurs. Le routier, c’est un peu son chevalier en armure, son fantasme du sauveur qui viendra lui offrir une vie meilleure. Car Catherine, humiliée par sa mère et battue par son père, refuse d’être une « paysante ».
La petite fille en surpoids grandit, échappe la semaine au quotidien de la ferme en faisant un apprentissage chez Madame Clément la boulangère – la seule figure aimante et rassurante du film, le seul témoignage d’une affection véritable et sincère. Catherine rêve toujours à son prince charmant en poids lourd, alors un jour elle décide de s’acheter une sibi, cette fameuse radio utilisée par les routiers pour communiquer entre eux ou demander de l’aide. Catherine se lance dans le radioguidage sous le pseudo Darling, et c’est comme ça qu’elle rencontre Roméo, alias Joël. Une première relation charnelle bestiale, face aux vaches de la bétaillère, et trois mois plus tard, Darling est enceinte et épouse son Roméo. Ce qui aurait dû être le plus beau jour de sa vie vire à la farce : un verre de vin baveur donné par son mari tache sa jolie robe, et sa bague de pacotille tombe en pièces détachées dans le lavabo des toilettes.
Le temps passe, et la vie de Catherine devient de plus en plus sombre. Un mari alcoolique, volage, violent (un fer à repasser dans la figure). Un mari qui la pousse à des pratiques sexuelles qu’elle ne peut pas refuser, et qui finit par coucher avec la fille au pair de la maison. Un mari qui se ruine au jeu, et qui va jusqu’à parier sa femme – et à la perdre : Catherine se fait violer par les trois joueurs et son mari, une nuit. Le lendemain, Joël tente de se suicider, elle coupe la corde et le ramène à la vie – une décision qu’elle ne pourra s’empêcher de remettre en question, plus tard.
Catherine subit tout cela, se laisse faire – d’abord et surtout à cause de ses trois enfants : deux garçons, et une petite fille qu’elle commence par haïr, puisqu’elle n’en connaît même pas le père (quatre violeurs, quatre possibilités).
Mais une nuit, c’est l’humiliation, les sévices de trop. Le mari et l’au pair emmènent Catherine dans le jardin, la battent, la forcent à faire la poule (je ne rentrerai pas dans les détails, le récit de cette nuit-là est sordide et terrible). C’est là que Catherine se rebelle, sonne chez le maire du village et s’effondre dans ses bras.
La suite, c’est l’hôpital, les radios, un médecin qui découvre une femme brisée de partout : traumatismes crâniens, fractures, contusions, hémorragies internes diverses… La suite, c’est Catherine qui veut refaire sa vie pour pouvoir récupérer ses enfants, qu’on lui refuse : son mari a porté plainte pour abandon, les enfants finissent par être placés.
La suite n’est pas bien belle, personne ne croit aux histoires de Darling, et quand enfin elle récupère ses enfants… c’est pour qu’on apprenne, juste avant le générique de fin, qu’elle finit par les perdre à nouveau, et que l’Etat les lui a repris. Ses enfants ne sont plus les mêmes, témoins innocents et impuissants d’une violence à vomir, ils ont changé, se sont endurcis et ont perdu tous leurs repères.
Marina Foïs est remarquable, loin de l’humour des Robins des Bois ou des autres comédies auxquelles elle nous avait habitués. Je retiendrai une scène en particulier : le lendemain du viol, habillée de vêtements sombres et informes comme pour extérioriser son dégoût d’elle-même, assise face à la machine à laver, un couteau de cuisine à la main… La douche qu’elle vient de prendre a laissé ses cheveux humides, et l’on sent la détresse sans fond de son regard, cette scène est particulièrement choquante et marquante.
Suite au film, la représentante d’Amnesty International a demandé qui, parmi l’assemblée, avait affronté de près ou de loin ce type de violence. Un bon dixième de la salle a levé la main. Moi y compris.
Mon grand-père était alcoolique, dépensait l’argent de la famille au bar et battait ma grand-mère. C’est tout ce que je sais. Ma mère refuse d’en dire plus.
Ce film a le mérite de nous montrer la réalité crue d’une violence qui se pratique en France aujourd’hui, dans la sphère du privé. Il veut nous sensibiliser à ces horreurs, appeler chacun à ses responsabilités individuelles : oui, cela nous concerne. Non, on ne peut pas fermer les yeux parce que cela se déroule au sein de la famille.
Les Femmes ont subi et subissent encore des formes de violence toutes plus atroces les unes que les autres, en France comme ailleurs : on peut parler de l’excision, du mariage forcé, des jeunes filles tuées pour laver l’honneur sali de la famille. On pourrait évoquer la violence psychologique et les humiliations verbales, les coups portés par le père, le mari, le fils.
Il faut remarquer que les femmes seules ne sont pas victimes, que la violence peut être subie aussi par les hommes, au sein de couples homosexuels ou non.
Ce film est une claque, il rappelle que le vernis civilisé de notre société n’a fait que cacher ces violences, les tolérer en un sens. Que dire d’une publicité comme celle-ci, mise en circulation seulement dix jours, mais dix jours de trop ?

Hier soir, le public était préparé à être sensibilisé. Mais le travail ne s’arrête pas là, il faut toucher les autres, ceux qui pensent que la violence est signe de virilité, de pouvoir, de domination. Ceux ou celles qui pensent qu’elle est normale.
Parce qu’elle n’est pas normale.
Merci à Une Princesse pour cette liberté de parole… merci.
Floriane
lundi 13 octobre 2008
Quelle a été l'invention la plus libératrice pour la femme ?

Voilà la question que l'on m'a posé et je me suis dit que j'allais vous faire participer, après tout les réponses ne seront que plus représentatives, non ? :)
De mon côté, après avoir passé en revue à peu près toutes les inventions de ce siècle pour la femme (j'ai même eu le temps de voir le soutien-gorge "anti-choc" pour les sports intenses, si si, la machine à laver aussi du temps où c'était une tâche "réservée aux femmes" en me remémorant avec beaucoup d'humour les savoureuses répliques de Kirsten Dunst à ce propos dans Mona Lisa Smile et le fameux "tout ce dont je peux rêver", etc.)


Et puis je me suis rendue compte que j'ai beau pester contre ma pilule ces derniers temps et rêver à un moyen moins contraignant (je ne suis pas très fan de la nausée), la pilule est pour moi la plus grande invention pour la femme, la plus libératrice.
Je pars du principe que l'accès au Savoir et à l'éducation coule de source, mais d'une certaine façon les deux sont liés dans la mesure où la femme n'est plus considérée comme une jeune fille dont la vie consiste à se marier, s'occuper de sa maison et faire de beaux enfants et que les études sont l'apanage de l'homme...
Et j'irai même plus loin, parce que je mesure la chance que représente la loi sur l'avortement et quand j'entends qu'il y a des personnes qui voudraient la retirer aujourd'hui après tant de luttes, tant de vies aidées, alors que ces mêmes personnes sont contre le préservatif, je me dis qu'on a encore du chemin à faire...
Comment quelqu'un de sensé peut-il être "contre le préservatif" ? Comment ? !

Quand je parle de la loi sur l'avortement, je sais pertinemment que beaucoup de femmes sont toujours un peu "partagées" par rapport à ce que représente l'acte d'avorter, je le suis moi-même, mais elle est une vraie garantie du respect de la femme et de son bien-être, un moyen d'éviter et limiter les dérives inhumaines que représenteraient le fait de rendre cela illégal, de la jeune fille qui essaie de faire ça toute seule à l'apprenti-médecin qui dépouille et "charcute".
J'ai découvert il n'y a pas si longtemps que l'une de mes grand-tantes avait été confrontée à ce choix alors que la loi sur l'avortement n'était pas encore passée, c'était seulement quelques années avant (vous vous rendez compte que cette loi ne date que de 1975, c'était hier presque !). Elle m'en a parlé brièvement, mais j'ai compris tout ce que pouvait représenter cet acte pour elle, elle avait déjà eu deux enfants et une troisième grossesse n'était pas envisageable. Elle a eu beaucoup de chance, pourquoi ? Parce qu'elle avait les moyens de payer au prix fort l'un des meilleurs médecins pour ce type d'opérations, de faire ça dans une clinique privée dans un autre pays, et grâce à cela elle s'en est bien sortie et a échappé aux soins du classique "boucher".
Mais malheureusement tout le monde n'a pas accès à certains privilèges, la plupart des femmes qui ont recours à ce type d'interventions sont pour la plupart démunies ou presque, plutôt jeunes et n'ont en aucun cas les moyens de financer ce type d'interventions qui, sous couvert d'illégalité, peuvent atteindre des sommes colossales.
Aujourd'hui l'avortement est encore illégal dans de nombreux pays, et "curieusement" ce sont dans les lieux où rien n'est fait pour aider la contraception que les avortements sont les plus courants, les plus dramatiques, et où la condition de la femme est déplorable !
J'ai lu des récits horribles, insoutenables, de pauvres filles qui en restaient alitées durant des mois quand elle n'en mourraient pas, après d'immenses et terribles souffrances, de pseudo-médecins qui se permettent de "juger" aidé d'aiguilles et couteaux ce qui la plupart du temps est malheureusement le résultat d'un viol...

Alors oui je suis pour le droit à l'avortement légal pour toutes ces raisons et de nombreuses autres et je considère même que c'est une chance pour la vie, pour le respect des femmes en tant que telles et non pas seulement en tant que mères. Une femme ne le devient pas en étant mère, une femme est un être humain avant toute chose et n'a pas à être considérée comme "inachevée" tant qu'elle n'a pas servi de couveuse ! Avoir un enfant peut être une chose merveilleuse, mais en aucun cas il n'est une fin en soi dans la vie d'une femme.
On ne devient pas femme en donnant la vie, on devient femme en acceptant de vivre, ou plutôt en "choisissant".
Il est nécessaire de pouvoir donner un accès beaucoup plus libre à la contraception, notamment dans tous ces pays où la situation de la femme reste particulièrement précaire pour éviter le recours à l'avortement, parce que cela reste un acte qui peut être très dur à surmonter psychologiquement.

Je crois qu'une femme a le droit de pouvoir choisir ce qu'elle désire, droit au plaisir, mais également le devoir de se respecter, et en cela je trouve que la pilule est à ce jour l'invention la plus "libératrice" pour la femme, même si on constate chaque jour que ce n'est pas forcément un "acquis" et qu'il faudra encore mener de nombreuses et terribles luttes avant que toutes les femmes dans le monde puissent enfin être égales face à cela...

Récemment, je me disais qu'on devrait inventer la même chose pour l'homme, mais à tout bien y réfléchir, il est essentiel que ce soit la femme qui puisse avoir le contrôle de son corps, c'est à elle de décider ce qu'elle veut et forcément cela implique également les contraintes que peut représenter la pilule, mais de petites contraintes pour être libre, qu'est-ce que c'est ?

A part la pilule, vous voyez d'autres inventions ?
Et pour vous alors, quelle a été l'invention la plus libératrice ?








