dimanche 29 mars 2009
Plein Air, de Manet à Zola

Edouard Manet, Le Déjeuner sur l'herbe, 1862-63
Dans le cadre de mes recherches autour de la littérature et de la peinture, j'ai eu l'occasion de revenir un peu plus sur L'Oeuvre d'Emile Zola (1886) sans pour autant perdre de vue la toile d'Edouard Manet que vous pouvez apercevoir ci-dessus.
J'avais envie de partager avec vous quelques extraits du livre dans un jeu de correspondances entre les descriptions qui y sont faites et Le Déjeuner sur l'herbe de Manet, notamment sur ce que pouvait représenter un tel procédé en peinture à cette époque et comme toujours dans ces cas-là, l'effet que cela peut produire sur un public qui a un peu trop bien été "appris à penser". On croit toujours que le goût est affaire personnelle, mais dès lors que quelqu'un se permet de qualifier quelque chose de "bon" ou "mauvais" goût, il ne démontre pas sa capacité de réflexion mais plutôt les normes sociales dans lesquelles son éducation a été encadrée, fort heureusement l'Art tout comme la Beauté relèvent de perceptions certes, mais bien plus encore de l'indéfinissable, l'important est le sensible, pas ce que l'on croit être...
"C'était une toile de cinq mètres sur trois, entièrement couverte, mais dont quelques morceaux à peine se dégageaient de l'ébauche. Cette ébauche, jetée d'un coup, avait une violence superbe, une ardente vie de couleurs. Dans un trou de forêt, aux murs épais de verdure, tombait une ondée de soleil ; seule, à gauche, une allée sombre s'enfonçait, avec une tache de lumière, très loin. Là, sur l'herbe, au milieu des végétations de juin, une femme nue était couchée, un bras sous la tête, enflant la gorge; et elle souriait, sans regard, les paupières closes, dans la pluie d'or qui la baignait. Au fond, deux autres petites femmes, une brune, une blonde, également nues, luttaient en riant, détachaient, parmi les verts des feuilles, deux adorables notes de chair. Et, comme au premier plan, le peintre avait eu besoin d'une opposition noire, il s'était bonnement satisfait, en y asseyant un monsieur, vêtu d'un simple veston de velours. Ce monsieur tournait le dos, on ne voyait de lui que sa main gauche, sur laquelle il s'appuyait, dans l'herbe."
***
Claude, qui se reculait maintenant jusqu’au mur, y demeura adossé, s’abandonnant. Alors Sandoz, brisé par la pose, quitta le divan et alla se mettre près de lui. Puis tous deux regardèrent, de nouveau muets. Le monsieur en veston de velours était ébauché entièrement ; la main, plus poussée que le reste, faisait dans l'herbe une note très intéressante, d'une jolie fraîcheur de ton ; et la tache sombre du dos s'enlevait avec tant de vigueur, que les petites silhouettes du fond, les deux femmes luttant au soleil, semblaient s'être éloignées, dans le frisson lumineux de la clairière ; tandis que la grande figure, la femme nue et couchée, à peine indiquée encore, flottait toujours, ainsi qu'une chair de songe, une Ève désirée naissant de la terre, avec son visage qui souriait sans regards, les paupières closes.
" Décidément, comment appelles-tu ça ? demanda Sandoz.
- Plein air répondit Claude d'une voix brève.
Mais ce titre parut bien technique à l'écrivain qui, malgré lui, était parfois tenté d'introduire de la littérature dans la peinture.
- Plein air, ça ne dit rien.
- ça n’a pas besoin de rien dire…Des femmes et un homme se reposent dans une forêt, au soleil. Est-ce que ça ne suffit pas ? Va, il y en a assez pour faire un chef- d’œuvre.
***
On frappait et Dubuche entra. C’était un gros garçon brun, au visage correct et bouffi, les cheveux ras, les moustaches déjà fortes. Il donna des poignées de main, il s’arrêta d’un air interloqué devant le tableau. Au fond, cette peinture déréglée le bousculait, dans la pondération de sa nature, dans son respect de bon élève pour les formules établies ; et sa vieille amitié seule empêchait d’ordinaire ses critiques. Mais cette fois, tout son être se révoltait, visiblement.
"Eh bien ! quoi donc ? Ça ne te va pas ? demanda Sandoz qui le guettait;
- Si, si, oh ! très bien peint... Seulement...
- Allons, accouche. Qu'est-ce qui te chiffonne ?
- Seulement, c'est ce monsieur, tout habillé, là, au milieu de ces femmes nues... On n'a jamais vu ça."
Du coup, les deux autres éclatèrent. Est-ce qu'au Louvre, il n'y avait pas cent tableaux composés de la sorte ? Et puis, si l'on n'avait jamais vu ça, on le verrait. On s'en fichait bien, du public !
Sans se troubler sous la furie de ces réponses, Dubuche répétait tranquillement :
"Le public ne comprendra pas... Le public trouvera ça cochon... Oui, c'est cochon.
- Sale bourgeois ! cria Claude exaspéré. Ah ! ils te crétinisent raide à l' Ecole, tu n'étais pas si bête !"
C’était la plaisanterie courante de ses deux amis, depuis qu’il suivait les cours de l’Ecole des Beaux-Arts. Il battit alors en retraite un peu inquiet de la violence que prenait la querelle ; et il se sauva, en tapant sur les peintres.
dimanche 15 février 2009
Ophelia

Ophelia, par John William Waterhouse (1889)
Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
-- On entend dans les bois lointains des hallalis.
Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.
Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.
Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile:
-- Un chant mystérieux tombe des astres d'or.
ô pale Ophélia! belle comme la neige!
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté!
-- C'est que les vents tombant des grands monts de Norvège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté;
C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits;
Que ton coeur écoutait le chant de la nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits;
C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux!
Ciel! Amour! Liberté! Quel rêve, ô pauvre folle!
Tu te fondais à lui comme une neige au feu:
Tes grandes visions étranglaient ta parole
-- Et l'infini terrible effara ton oeil bleu !
-- Et le poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis,
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.
Arthur Rimbaud
dimanche 8 février 2009
Through a Glass Darkly
Le Vampire, Edvard Munch (1893)
Eros et Thanatos, désir, mort et pourtant source de vie...
L'oeuvre de Munch ne cesse de me hanter, rares sont les peintures qui me fascinent à ce point, m'interrogent, me poussent à la réflexion et me permettent d'en palper les divers sens, bien sûr on pourrait me rétorquer pour premier exemple les surréalistes et bien d'autres à leur suite, mais en ce moment c'est avec Edvard Munch que je m'entretiens longuement et c'est également à partir de sa peinture que je m'élance vers de lointaines correspondances à travers d'autres formes d'art, la Littérature en tête et quelques échos à portée d'oreille...
« Parfois, après une heure d’apathie, mon étrange et belle compagne me prenait la main et la serrait longtemps avec tendresse ; une légère rougeur aux joues, elle fixait sur mon visage un regard plein d’un feu languide, en respirant si vite que son corsage se soulevait et retombait au rythme de son souffle tumultueux. On eût cru voir se manifester l’ardeur d’un amant. J’en étais fort gênée car cela me semblait haïssable et pourtant irrésistible. Me dévorant des yeux, elle m’attirait vers elle, et ses lèvres brûlantes couvraient mes joues de baisers tandis qu’elle murmurait d’une voix entrecoupée : « tu es mienne, tu seras mienne, et toi et moi ne ferons qu’une à jamais ! » Après quoi, elle se rejetait en arrière sur sa chaise longue, couvrait ses yeux de ses petites mains, et me laissait toute tremblante. »
Au beau milieu de tout ce déferlement de vampires parés de leurs plus beaux atours, j'ai trouvé intéressant de revenir sur cet extrait tiré d'un petit roman très facile à lire et peut-être même un peu trop fin à mon goût mais que je vous incite à lire si vous vous êtes récemment découvert une passion pour quelque vampire, ce roman n'en reste pas moins l'un des précurseurs du genre et source d'influences pour bon nombre d'écrivains depuis ! Je vous laisse le soin de trouver l'auteur de ces lignes et son livre.
Deux indices : Irlande et XIXe siècle.
N'hésitez pas à partager vos impressions, qu'elles concernent la peinture de Munch ou le petit bout de littérature...
dimanche 1 février 2009
O love me truly !
Edvard Munch, "Le Baiser"
J'ai longuement hésité avant d'associer "Le Baiser" de Munch au cri presque incantatoire de Keats, et cette réflexion est certainement l'une des raisons pour lesquelles j'aime autant l'oeuvre de Munch, ce n'est pas tant l'aspect purement technique ou esthétique de sa peinture qui m'intéresse, d'ailleurs comme bien souvent j'ai tendance à préférer la photographie à la peinture dès qu'il s'agit d'esthétique, de "plaisir des yeux", parce que je recherche une sorte de révélation, une émotion violente, une profondeur, mais aussi de la vie... J'ai envie de pouvoir m'immerger totalement dans cette toile quitte à y rester des heures, des jours et de ne jamais ressentir totalement la même chose, de la redécouvrir, de la repenser et de me redécouvrir moi-même, parce que finalement c'est aussi notre façon d'interpréter qui dévoile un peu de ce que l'on est, on en dit beaucoup moins sur ce que l'on voit que sur nous-même...
"Le Baiser" est une oeuvre qui me paraît aussi glaciale qu'intense, peut-être est-ce dû au traitement des couleurs, je l'imagine tantôt aérienne, tantôt aquatique, mais jamais terrestre, ce baiser-là est un élan de sur-vie, mais il est aussi pour moi la sublimation du baiser, ce n'est pas un simple échange, un geste banal parmi tant d'autres, c'est bien plus qu'un entremêlement, ces deux-là se fondent l'un dans l'autre, aucune bouche n'est visible, ils ne font déjà plus qu'un et c'est aussi ce caractère presque "vampiresque" qui pourrait déstabiliser, effrayer même...
C'est ce qu'August Strindberg (1849-1912, Strindberg appartient à la même génération de dramaturges que le russe Tchekhov et le norvégien Ibsen. Moins connu que Tchekhov, plus novateur qu’Ibsen, il contribue à fonder la modernité au théâtre) voit dans le "Baiser" de Munch, au moins en partie : "la fusion de deux êtres dont le moindre, à forme de carpe, parait prêt à engloutir le plus grand, d'après l'habitude de la vermine, des microbes, des vampires et des femmes."
Je serais curieuse de savoir ce que vous y voyez, si ce "Baiser" vous fait envie ou au contraire vous effraie ?
Je vous laisse sur ce poème de John Keats, "O love me truly !"
You say you love; but with a voice
Chaster than a nun's, who singeth
The soft vespers to herself
While the chime-bell ringeth—
O love me truly!
You say you love; but with a smile
Cold as sunrise in September,
As you were Saint Cupid's nun,
And kept his weeks of Ember—
O love me truly!
You say you love; but then your lips
Coral tinted teach no blisses,
More than coral in the sea—
They never pout for kisses—
O love me truly!
You say you love; but then your hand
No soft squeeze for squeeze returneth;
It is like a statue's, dead,—
While mine for passion burneth—
O love me truly!
O breathe a word or two of fire!
Smile, as if those words should burn me,
Squeeze as lovers should—O kiss
And in thy heart inurn me—
O love me truly!
dimanche 23 novembre 2008
René Magritte, le thérapeute
Pour ceux qui me suivent depuis un certain temps, vous vous souvenez peut-être de mes "Un dimanche, un artiste", peut-être vous rappelez-vous de celui consacré à René Magritte (voir lien), je ne vais donc pas réitérer l'exercice aujourd'hui mais vous proposer quelque chose d'assez différent, un écho à l'article consacré le jour de son 110 e anniversaire "Qu'est-ce que j'ai bien pu vouloir dire dans ce tableau ?".
Je ne peux m'empêcher de réécrire ces quelques mots de Lautréamont :

Le Thérapeute, 1937, huile
Quand je vous ai invité à vous exprimer au sujet du Thérapeute, j'ai été émue de recueillir un aussi beau florilège d'interprétations. Je me suis abstenue de commenter parce qu'à mes yeux l'interprétation en révèle bien plus sur celui qui regarde que sur l'objet regardé.
Comme disait René Char "la vérité est personnelle" et chacun des mots partagés autour du thérapeute m'est précieux, je crois que Magritte lui-même n'aurait pu espérer un plus beau cadeau pour son 110 e anniversaire, car bien qu'il soit le seul à détenir la clé de son oeuvre, je pense que tout artiste se délecte, s'émeut, se réjouit quand son oeuvre suscite une telle richesse d'interprétations, cela permet non seulement de la redécouvrir sans cesse sous un jour nouveau, mais également de déceler le sens du Beau dans l'oeil de celui qui regarde...
Recueil d'interprétations
Je dirai... qu'il a voulu dire que l'homme est un voyageur qui peut vivre de l'air du temps ?
Mais le titre est "Le Thérapeute", donc si ce personnage est un thérapeute, ses vêtements de voyage disent peut-être qu'un thérapeute doit être capable de voyager dans l'esprit de ses patients ? Le fait que les oiseaux captifs soient blancs me fait penser qu'il retient des autres leurs bons côtés, ou de manière générale qu'il essaie de retenir ce qu'il y a de meilleur, pour bâtir ensuite sur du positif...
L'amie de Sarah-Lou :
Le thérapeute est lui même malade, il cache sous sa cape quelque chose qui le ronge de l'intérieur...
Francis :
Nous sommes souvent nous même notre propre prison, dont les souvenirs sont les barreaux " peut-être " Le Thérapeute " illuste -il cette pensée philosophique
J'ajouterais bien que les artistes sont souvent malicieux en nommant leurs oeuvres et en les peignant et qu'ils aiment volontiers brouiller les pistes !
Marianne :
une opposition entre le voyage et la prison, on a beau partir, on est comme des colombes en cage, notre esprit prisonnier de murs de chair ...
Flo :
La cage est ouverte...
Laeti. :
Se libérer de sa prison intérieure
Eré :
Sans pensées, la liberté est illusoire...
Petit prince :
La prison de l'homme est à l'intérieur, il pourra aller partout, voyager ; mais cela n'aura aucune valeur si il ne se sent pas libre, si il n'est pas libre dans son âme.
La Chipie :
Mes pensées rejoindraient certainement celles du petit prince du moins sur certains côtés. Enfin pour le titre, je préfère imaginer l'homme comme propre therapeute de son âme.
~~~~~~
Je vous invite à partager votre ressenti, et pour ceux qui n'auraient pas encore participé, ne soyez pas timides !
[Edit de 13h09 sans aucun rapport : IL NEiiiiiiiiiiiiiiiiiiiGE ! ]
dimanche 16 novembre 2008
Il n'y a pas de vrai poète qui ne soit révolutionnaire
Parce que j'ai concentré dans ce titre les seuls mots que la relation intime au sujet me permet, je vous laisse en compagnie de Federico García Lorca et libres d'y réfléchir...

( 1898 - 1936 )
LA MÈRE :
C'est ici que je veux demeurer. Bien tranquille : ils sont tous morts. A minuit, désormais, je dormirai, sans rien craindre du fusil ou du couteau. D'autres mères se pencheront aux fenêtres, fouettées par la pluie, pour voir le visage d'un fils. Moi, non. Je ferai de mon sommeil une froide colombe d'ivoire qui portera des camélias de givre au cimetière. Cimetière ? Non : lit de terre, qui les protège et les berce dans le ciel. Des jours terribles vont venir. Je ne veux voir personne. La terre et moi, mes larmes et moi. Et ces quatre murs.
[Extrait de Les Noces de sang/Bodas de Sangre, de Federico García Lorca]
***
Pour en savoir plus :
- Toutes les oeuvres de Federico García Lorca à lire, découvrir et si vous en avez la possibilité : assister à la représentation de l'une de ses pièces !
Je ne saurais que trop vous recommander de lire ses oeuvres dans la langue originale si vous en avez la possibilité et plus particulièrement sa poésie dont j'ai beaucoup de mal à "supporter" toutes les traductions que j'ai pu lire jusqu'ici, je considère que c'est saccager toute la beauté de la langue en poésie et l'intensité de la musicalité.
Si vous avez besoin de références, les éditions "CATEDRA Letras Hispànicas" sont excellentes et plus facilement accessibles il me semble. D'ailleurs toujours dans cette édition, vous pourrez trouver Antologìa del grupo poético de 1927 où figurent quelques morceaux choisis des écrits de Federico García Lorca, ainsi que tous les autres membres de ce groupe.
- Et comme mise-en-bouche, ce documentaire :
Federico García Lorca
Nota Bene :
C'est seulement à la mort de Franco en 1975 que le nom, la vie et la mort de Lorca ont pu être abordés en Espagne.
Ses écrits sont enfin libres.
dimanche 5 octobre 2008
Les Heures du jour et les Saisons, par Alfons Mucha

Alfons Mucha, "Les Arts : la Danse", 1898
J'avais envie d'annuler mon projet d'article après l'annonce de deux tristes nouvelles. A quelques heures d'intervalle, l'Amoureux a appris le décès de son grand-père, et celui d'un proche, mais c'est aussi dans ces moments-là que l'on a envie de dévorer un peu plus la Vie. Alors, après avoir sombré dans une lente mélancolie ponctuée par quelques baisers mouillés de larmes, je ne dis pas que ça va forcément mieux, une rose n'est jamais dépourvue d'épines, parfois même en conséquence, mais j'ai eu le temps d'arrêter les pendules un moment, d'ignorer les Heures et je n'ai pas trouvé meilleur remède que celui de vivre intensément, avec fougue, passion et ce soupçon mêlé de folie et sagesse...
On ne peut pas dire que perdre plusieurs êtres chers nous apprend à être plus solide pour le suivant. Je crois toujours être particulièrement forte, mais la vérité est que l'on a beau se préparer, on n'est jamais vraiment prêt, comment pourrait-on l'être ? Cela ne fait que nous renvoyer notre propre reflet en un terrible jeu de miroir, et oui la Vie aussi intense et belle soit-elle reste un fil fébrile sur lequel on avance en équilibriste, je ne suis finalement qu'une ballerine, mais une ballerine avec des ailes et je crois qu'il n'y a pas de plus bel hommage que la VIE, alors je vis.

***
J'aurais aimé vous parler un peu plus amplement d'Alfons Mucha que j'apprends à découvrir depuis peu à travers son oeuvre très diversifiée et peuplée de créatures oniriques, aux côtés de l'Art Nouveau, parfois même à travers une affiche publicitaire pour le champagne Moët & Chandon, c'est ainsi que je suis tombée sur ces divines muses symbolisant les Heures du jour :

De gauche à droite :
Eveil du Matin

Eclat du Jour

Rêverie du Soir

Repos de la Nuit

Pour finalement tomber sur le cycle des Saisons...

Eté / Printemps / Automne / Hiver

dimanche 28 septembre 2008
Tableau de chasse, par Claire Diterzi

En lisant un article de Muze, je suis tombée sur l'univers de Claire Diterzi où les arts se mêlent, s'entrecroisent dans un jeu de regards, de matières et de sons, vaste tourbillon dans lequel je me suis plongée avec beaucoup de plaisir...
"Quand je me promène au Louvre, les oeuvres que j'admire m'évoquent des sons. Sur certaines de Fragonard, j'entends des choeurs. Dans les salles hébergeant les oeuvres religieuses, j'entends les anges. La sculpture m'évoque des rythmes. J'entrevois Camille Claudel dans son atelier, le visage couvert de plâtre. J'entends son burin qui martèle le marbre. J'ai à l'esprit les sensations que procurent le contact de la matière, les sons de la terre dure, ses modulations quand elle est encore molle" (cf Claire Diterzi). Pour en découvrir un peu plus, je vous recommande vivement l'article paru dans le numéro d'octobre de Muze, p 25.
Pour un premier tête-à-tête avec l'artiste :
Claire Diterzi - Tableau de Chasse - EPK
Un vaste projet musical en 11 actes, l'album Tableau de Chasse. 11 chansons, chacune inspirée par une peinture ou une sculpture et composées pour la scène.
Voici le premier clip sorti de cet album empreint de magie, Tableau de chasse :
Claire Diterzi - Tableau de chasse
Danse avec moi
Poupée de crinoline
Deviens ma proie
Libertine
Vierge aux abois
Va et viens
Défais-moi donc ce lit à baldaquin
Qu’en deux temps trois mouvements
L’on badine
Sonnez l’hallali
Sonnez ma mise à mort
Sonnez l’hallali
Sonnez ma mort
Sous mes verrous
Tu perdras ta vertu
Précieux atout
Ridicule
Sous mes yeux verts de galant
Délace-moi ce balconnet de soie
Que l’on morde enfin
Ton fruit défendu
Sonnez l’hallali
Sonnez ma mise à mort
Sonnez l’hallali
Sonnez ma mort
Danse avec moi
Passacaille ou gavotte et rigodon
La mazurka
Gigue ou chaconne ou menuet
Dans mon théâtre
Au parfum de sang
Coureur de cotillons
De lèvres ce soir
Je serai ton nouveau trophée
Je vous laisse deviner la peinture très célèbre qui a inspirée cette chanson (même si on peut voir bien d'autres inspirations, il me semble qu'il y en a une qui se détache du lot, surtout vers la fin et la dominante des paroles) dont les indices peuvent se retrouver facilement dans le clip si on le regarde attentivement. Les paroles sont également des indices en soi, d'ailleurs on retrouve un clin d'oeil au titre du tableau glissé dans le texte.
Une petite aide supplémentaire : l'artiste (du XVIIIe) qui a peint le tableau a déjà fait l'objet d'un de mes articles du dimanche que vous pouvez retrouver dans les "Rugissements dominicaux" (voir lien) et se retrouve également dans l'une de mes galeries imaginaires, si vous avez un doute, il faudra remonter à l'article du dimanche 2 mars...
Pour les joueurs : nom du peintre et/ou titre du tableau.
dimanche 21 septembre 2008
"Mozart un jeune prodige"
Je viens de passer un samedi exceptionnel avec trois têtes blondes merveilleuses, entre jeux, histoires, avions, fous rires, chatouilles et roulades dans l'herbe, visionnage de Cendrillon et la journée s'est terminée sur le coup des 21h, moi exténuée et heureuse, l'Amoureux exténué et heureux (lui a eu droit à des allers-retours au pas de course avec les enfants sur ses épaules) et les parents à peine un peu moins exténués entre caméras et appareils photos et heureux !
Un souvenir, les yeux du ptit bout (caractéristique dans la famille ^^) :

C'est donc inspirée par la cadette fascinée par un des rescapés de mon enfance, le bien-nommé Amadeus ou plutôt Wolfgang A. Mozart que j'ai eu envie de vous faire partager cette histoire, d'autant plus qu'il me semble que ces musilivres (avec cassette) ne sont plus édités par Nathan, ce qui est bien dommage ! Sur un texte de Philippe Brochard et accompagné des illustrations de Christine Oudot, "Mozart un jeune prodige" (c'est plus passionnant quand je raconte avec comme fond sonore les gammes de Mozart, mais vous devrez vous contenter de la version écrite :) ):
***

"C'est novembre. Il fait froid et sombre. Mais, là-bas, dans la nuit qui tombe tôt, des fenêtres resplendissent de lumière. Des centaines de vitres au travers desquelles on voit briller des lustres de cristal et d'or. On entend des voix, des chants, des applaudissements. De la musique... Approchons-nous.
C'est un château. Un palais. Le palais de Schönbrunn. Ici demeure l'un des personnages les plus puissants du monde. C'est une femme. Elle gouverne le Saint Empire romain germanique.
Oui, nous sommes à la cour de Marie-Thérèse d'Autriche, non loin de Vienne. En 1762. Mais ce soir, au château de Schönbrunn, on ne parle pas politique. L'impératrice a fait venir des dizaines et des dizaines d'invités parce qu'elle donne une fête.
Parmi les musiciens, assis sur un tabouret trop haut pour ses petites jambes... un enfant. Un enfant qui joue du clavecin. Un tout jeune garçon : il est né le 28 janvier 1758 et il n'a... pas même sept ans ! Pour voir et entendre cet enfant, les invités n'ont pas hésité à se lancer sur les routes. Ils ont affronté la pluie, la neige et le vent glacial. L'enfant s'appelle Wolfgang.
Son père se tient à ses côtés. Il l'accompagne au violon. Lui se nomme Léopold. Léopold Mozart.

Les doigts de l'enfant courent sur le clavier. On dirait un oiseau qui chante.
Le morceau se termine. On applaudit à tout rompre. Léopold fait saluer son fils. Il en est fier. Il en est si fier qu'il a décidé de faire avec lui la tournée de l'Europe. Pour montrer ce dont est capable son petit bonhomme de fils, son petit "miracle".

Mais que de travail pour en arriver là !
Sans doute, Wolfgang avait de formidables dispositions. Léopold revoit en pensées les années écoulées. Des années entièrement consacrées à la musique puisque, lui, Léopold, est maître de chapelle du price-archevêque de Salzbourg, une petite ville de l'Empire, là-bas, dans les Alpes autrichiennes. Passioné par son art, Léopold ne pouvait pas imaginer pour ses deux enfants une autre carrière que musicale. Sa fille Nanneri, la soeur aînée de Wolfgang joue déjà de façon remarquable. Mais Wolfgang ! Wolfgang, lui, c'est encore autre chose...
Un soir de l'an dernier, en rentrant chez lui, Léopold a surpris son fils en train de griffoner des notes... Et sur le cahier de musique, parmi les ratures et les taches d'encre, c'était bien de la vraie musique que composait son garçon. A cinq ans, il écrivait un allegro avant même de savoir écrire des lettres !
A trois ans, déjà, il commençait à déchiffrer le cahier de musique de sa soeur !...
Oui, Léopold peut être fier de son garçon. Car un talent, il faut aussi le cultiver : combien de gens pourraient faire des choses extraordinaires et ne font rien, simplement par paresse ? Wolfgang, lui, semble se distraire au travail. Cela ne lui coûte rien de rester des heures et des heures devant le clavier, à entraîner ses doigts, à les rendre toujours plus agiles.

Vêtu comme un marquis, cheveux tuyautés et blanchis à la mode du temps, Wolfgang interprète tout ce que lui demandent les invités de l'impératrice Marie-Thérèse. Avec grâce, en s'amusant. Il joue même du clavecin en aveugle, le clavier masqué par un drap. Un prodige. Un petit animal merveilleusement dressé...
Mais dans sa tête, Wolfgang a d'autres projets. Des mélodies lui parcourent l'esprit, qu'il cherche à traduire en notes. Pour cela, il lui faut apprendre. Apprendre encore, auprès des maîtres qui détiennent chacun une parcelle du savoir musical. La famille Mozart est restée quelques semaines à Vienne, puis est rentrée à Salzbourg. Wolfgang est épuisé? Il doit rester au lit, fatigué comme pourrait l'être un sportif après une dure épreuve. Mais Léopold ne veut pas en rester là : on reprend la route. Wasserbourg, Louisbourg, Mannheim, Liège, Bruxelles.
Et Paris, et Versailles, où Mozart joue devant le roi Louis XV et Madame de Pompadour. Tous les grands seigneurs veulent accueillir chez eux, au moins pour un soir, le jeune prodige autrichien".

***
Je m'arrête ici, peu avant que Mozart ne prenne le nom d' "Amadeus" (qui signifie en latin "Aimé des Dieux") et compose ses plus grandes oeuvres. Comme la plupart des artistes de son gabarit, Mozart avait pour seule voie de salut la création et a réalisé en sa très courte vie ce que d'autres n'auraient pu accomplir en plusieurs. On ne sait pas vraiment de quoi est mort Mozart, il tombe malade brutalement d'un mal inconnu. Certains ont même avancé la thèse de l'empoisonnement par un autre musicien jaloux, mais on ne le saura jamais. Sa santé va décliner très rapidement, on l'oublie et il finit par mourir de façon brutale le 5 décembre 1791 à l'âge de 35 ans, après avoir composé une quantité extraordinaire de morceaux, soit plus de 600 !
A sa mort, après avoir beaucoup travaillé et peu gagné, il ne restera pas assez d'argent pour lui faire un enterrement décent, son corps sera porté à la fosse commune avec les miséreux.
Quand on voit tout ce qu'il a pu apporter dans l'histoire de la musique, le monument incontournable qu'il représente et les bénéfices qu'il engendre à la seule force de son nom, il doit certainement s'agiter dans sa tombe...
Je vous laisse avec l'un de mes passages favoris du film de Milos Forman (je suis loin d'avoir apprécié le film dans sa globalité) où l'on peut entendre l'une des oeuvres de Mozart parmi les plus entourées de mystère, "La Flûte enchantée" :
Amadeus - La reine de la nuit
"Le vrai génie sans coeur est un non-sens, car ni intelligence élevée, ni imagination, ni toutes deux ensemble, ne font le génie.
Amour! Amour! Amour!
Voilà l'âme du génie."
(W.A.Mozart)
dimanche 14 septembre 2008
Destino, quand Dali rencontre Walt Disney...
Un petit clin d'oeil aux esprits qui se rencontrent...

Salvador Dalì et Walt Disney
C'est l'histoire de la rencontre de deux rêveurs animés d'une même passion. Le premier, nourri de littérature et plongé dans l'univers des contes de fée est persuadé que seuls les plus jeunes pourront déceler les sens cachés et s'applique sous couvert d'images simples et d'apparence "réalistes" à composer des oeuvres acceptées du plus grand nombre dans la société "bien-pensante" dans laquelle il évolue afin de toucher le jeune public. Le deuxième, dandy à la réputation de sulfure et amuseur extravagant enfouit des contes de fées pour adultes dans ses oeuvres en apparence plus hermétiques et s'amuse à se parer de son châle subversif, l'exagérant même.
Le premier s'appelle Walt Disney, a priori lisse et symbole même d'une certaine Amérique, et pourtant tout autant subversif si tenté que ce mot ait un sens. Etre subversif peut varier énormément d'une société, d'un pouvoir à l'autre, ce mot ne dépend que des pouvoirs en place et ne fait sens qu'en réaction à un modèle de pensée établi. Aujourd'hui ce terme est trop vite distillé pour tout et n'importe quoi, même quand il ne provient d'aucune vraie réflexion en amont. Salvador Dalì ne crée aucune surprise là-dessus, il se met en scène et joue de sa réputation, mais là où Walt Disney excelle c'est dans l'art de rester un grand enfant, ce qui à mon sens est totalement subversif, dans la mesure où seuls les grands enfants peuvent l'être, le refus d'être adulte, voilà un merveilleux moyen d'être totalement subversif, peut-être déjà le syndrome de Peter Pan ?
C'est aussi le refus d'une pensée uniforme, la place à la réflexion, entre pensées et rêves, la capacité d'imaginer est l'origine de toute chose, de tout Savoir, mais également de tout "progrès". Voir le monde avec des yeux d'enfant, c'est non seulement un formidable moyen de disposer de ses capacités de réflexion, mais également de création...
Pour en revenir au côté "subversif" de Walt Disney, Dalì en était persuadé, il le considère d'ailleurs comme un Surréaliste :
"En 1946, lors d’un dîner organisé par le boss de Warner Bros de l’époque, Dali rencontre Walt Disney et lui propose de réaliser un film d’animation. A l’époque, le Catalan considère le père de Mickey comme un maître, un doctor es subversion à l’égal des Buñuel, des Marx Brothers, des Cecile B. de Mille. Walt Disney accepte et Dali, qui venait de finir les décors du film La Maison du Dr Edwards de Hitchock, dessine, peint et croque quelques 150 planches du story-board."
Walt Disney lui demande de concevoir une histoire d’amour animée, et Dalí s’enferme dans les studios du père de Mickey pendant huit mois. "Je suis à Hollywood et j’ai contacté les trois surréalistes américains : Harpo Marx, Walt Disney et Cecil B. Demille", écrivait-il en 1937 à André Breton. "Je crois bien les avoir suffisamment intoxiqué et j’espère que les possibilités du Surréalisme se feront réalité ici."
Le projet a avorté mais des dessins à l’encre, des aquarelles et des peintures à l'huile faites par Dali pour Destino étaient classées dans les archives de Disney, jusqu’à ce que son petit fils Roy Disney monte finalement le film en 2003 :
Walt Disney + Salvador Dali
Destino est un film de six minutes sur une chanson espagnole, sans dialogue et sans fil conducteur. On suit le voyage onirique d'une ballerine à l'amour contrarié pour un joueur de base-ball. Ses yeux sombres se promènent parmi d'étranges objets et à travers un paysage désertique qui donne une atmosphère surréaliste à l'ensemble.
Pour en savoir plus :
- Consulter le lien autour du film sur Wikipédia et ses nombreuses ressources : http://en.wikipedia.org/wiki/Destino
- (re)Voir les oeuvres de Walt Disney, à commencer par les classiques et principalement les influences littéraires et inspirations comme par exemple la reine de Blanche-Neige qui s'inspire de Lady MacBeth ou encore le personnage de l'Apprenti sorcier dans Fantasia qui inspirera à son tour la figure d'Ivan le Terrible, réalisée par Eisenstein, et ainsi de suite.

Les premiers dessins inspirés par le livre de Lewis Carroll
- Si vous avez l'occasion de faire un saut du côté de l'Espagne en terre catalane, je vous recommande vivement d'aller visiter le berceau de Salvador Dalì où vous pourrez trouver dans le dédale des ruelles certaines de ses sculptures-hommage, et bien évidemment le musée Dalì à Figueres. Dans la continuité, je vous conseillerai de faire un petit saut dans la petite ville de Cadaqués, charmant lieu de pélerinage plutôt escarpé et bordé par la mer où vous pourrez peut-être voir sa villa et avec un peu de chance descendre dans le restaurant où il avait pour habitude de déjeuner en compagnie d'amis artistes venus lui rendre visite, cela fait des années que je n'y suis retournée mais le lieu est particulièrement simple, aux murs blancs et animé d'art.

Pour la partie plus "académique", vous pouvez toujours vous rabattre sur des livres et pour commencer à prix tout doux, je vous recommande le livre dans la collection Taschen, à moins de 10 euros je crois.









