dimanche 15 juin 2008
Un dimanche, un artiste
Aujourd'hui, je vous propose un voyage au coeur de scènes ou figures de la littérature et leurs représentations en peinture. L'idée est née à travers une réflexion au sujet de la pièce Hamlet, de Shakespeare, me remémorant certains tableaux dédiés à Ophelia alors que mon intérêt se portait exclusivement sur Hamlet et ses célèbres tirades, dont le fameux "To be or not to be"...
En m'attardant sur les personnages shakespeariens qui offrent une profondeur permettant non seulement l'analyse littéraire, mais aussi une véritable plongée dans l'un des dédales des sciences humaines, sans jamais cesser d'être confrontés à l'Histoire, l'un d'entre eux a retenu mon attention : Ophelia, le personnage tragique par excellence, l'héroïne malheureuse qui a su inspirer bon nombre de représentations, principalement au cours du XIXe siècle, cette pièce ne dérogeant pas à la règle. J'aime la force que représente ce personnage marginal, car Ophélie est, Ophélie aime et Ophélie est ruisselante d'humanité et de chair palpitante...
Ophelia, éconduite par Hamlet (qui l'aime pourtant), devient "folle" (son flot de paroles est particulièrement dense, mais je ne perçois pas cela comme de la folie, pourquoi l'intensité d'un malheur pour qui aime serait folie ? Une souffrance arrivée à un tel paroxysme qu'elle en devient insensible,"absente") en apprenant la mort de son père et se noie...
Voici une série des représentations d'Ophélie qui me touchent le plus :
1) Ophelia, par Arthur Hughes :

Ophelia, Arthur Hughes, 1863
2) John William Waterhouse réalisera une série de trois tableaux autour de la figure d'Ophelia, dans le premier ci-dessous, on la retrouve étendue dans l'herbe, en proie à une certaine détresse, et pourtant je n'arrive pas à vraiment ressentir une émotion suffisamment forte à travers l'expression de son visage ou de ses gestes, une certaine détresse oui, mais peut-être pas aussi intense que je devrais...

(1889)
Ici, Waterhouse met en lumière l'innocence presque enfantine d'Ophelia, en usant notamment de la délicatesse des couleurs et du trait, le corps, jusqu'à la gesture, elle tresse des fleurs dans ses cheveux juste au bord de l'étang dans lequel elle va se noyer...

(1894)
Dans le troisième tableau, Ophelia apparaît beaucoup plus femme, plus mature aussi. On est passé d'un mélange vert-lilas à résolument bleu au niveau de la palette de couleurs. Il règne une sorte d'intensité dramatique...

(1910)
3) Alexandre Cabanel qui excelle décidément dans la représentation de femmes éblouissantes de beauté dans des positions "laisser-aller" (je pense notamment à La Naissance de Vénus ou encore Phèdre !) offre à Ophelia une mort des plus orchestrées par un académisme à fleur-de-peau, mais un travail des détails sublime...

Rimbaud écrira ces quelques vers dédiés et inspirés par le personnage d'Ophelia :
"Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
- On entend dans les bois lointains des hallalis.
Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir,
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.
Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.
Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile :
- Un chant mystérieux tombe des astres d'or.
[...]"
Ophélie, Arthur Rimbaud, Poésies, 1870
***
4) Paul Steck lui offrira un spectaculaire Drowning qui me la fait apparaître comme une sirène ou créature de l'eau, les effets nacrés ne sont certainement pas étrangers à cet effet...

(1895)
5) Odilon Redon dont l'Ophélie me laisse perplexe, les couleurs m'affolent et l'expression m'interroge...

(1905)
6) Sir John Everett Millais, La Mort d'Ophélie, certainement l'oeuvre qui me bouleverse le plus, la main droite d'Ophélie encore serrée sur les fleurs qu'elle cueillait...


Théâtre végétal, linceul de plantes aquatiques, l'esthétique qui en découle devient glace au beau milieu d'une nature luxuriante...
Verdi - Requiem - Dies Irae
Edit : sur le rappel avisé de Sarah, un détour par ce duo des plus surprenants, mais non pas dénué d'intérêt, évocation moderne de la figure d'Ophélie :
Nick Cave & Kylie Minogue - Where The Wild Roses Grow









La bulle glamour